Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Sur la non-violence

En rupture avec Londres, Gandhi lance le swaraj, la non coopération non violente. Son but est de paralyser le pays. Pour cela Gandhi est arrêté. Voilà sa déclaration lors de son procès, le 23 mars 1922.

« Le plus grand malheur, c’est que les Anglais et leurs associés indiens qui administrent le pays ignorent qu’ils commettent le crime dont je viens de parler. J’en ai la conviction, nombre de fonctionnaires anglais en Inde croient de bonne foi que le Gouvernement qu’ils représentent est un des meilleurs qui existent et que l’Inde progresse sûrement, si elle progresse lentement. Ils ignorent qu’un système subtil, mais efficace, de terrorisme et un déploiement organisé de forces d’une part, et la privation de tout moyen de défense d’autre part ont émasculé le peuple et l’ont conduit à la dissimulation. Cette habitude épouvantable a contribué à l’ignorance et à l’illusion des administrateurs. Le paragraphe 124* du Code pénal d’après lequel j’ai le bonheur d’être accusé est au premier rang de ceux qui tendent à supprimer la liberté du citoyen. La loi ne peut donner ou régler l’affection. Si l’on n’a pas d’affection pour un homme ou pour un système, on doit être libre d’exprimer sa désaffection dans toute sa force, du moment qu’on n’a pas l’intention de se montrer violent ou d’inciter à la violence. Mais d’après le paragraphe sur lequel vous vous appuyez pour nous poursuivre, M. Banker et moi, le seul fait d’exprimer de la désaffection est un crime. J’ai étudié certaines causes qui ont été jugées d’après ce même paragraphe, et je sais qu’il a fait condamner quelques-uns des Indiens les plus populaires de l’Inde. Je considère par conséquent comme un privilège d’être accusé de même. J’ai essayé d’exprimer le plus brièvement possible les raisons de ma désaffection. Je n’ai aucun grief personnel contre un seul administrateur, j’ai donc encore moins de désaffection envers la personne du Roi. Mais je considère que c’est une vertu d’avoir de la désaffection pour un Gouvernement qui a fait plus de mal à l’Inde dans l’ensemble que n’importe quel autre système antérieur. L’Inde n’a jamais été aussi peu virile que depuis qu’elle est gouvernée par l’Angleterre. Avec de tels sentiments [...], je considère comme un privilège précieux d’avoir pu écrire ce que j’ai écrit dans les divers articles qui me sont reprochés.

Je suis d’ailleurs convaincu d’avoir rendu service à l’Inde et à l’Angleterre, en leur montrant comment la non-coopération pouvait les faire sortir de l’existence contre nature menée par toutes deux. À mon humble avis, la non-coopération avec le mal est un devoir tout autant que la coopération avec le bien. Seulement, autrefois, la non-coopération consistait délibérément à user de violence envers celui qui faisait le mal. J’ai voulu montrer à mes compatriotes que la non-coopération violente ne faisait qu’augmenter le mal et, le mal ne se maintenant que par la violence, qu’il fallait, si nous ne voulions pas encourager le mal, nous abstenir de toute violence. La non-violence demande qu’on se soumette volontairement à la peine encourue pour ne pas avoir coopéré avec le mal. Je suis donc ici prêt à me soumettre d’un cœur joyeux au châtiment le plus sévère qui puisse m’être infligé pour ce qui est selon la loi un crime délibéré et qui me paraît à moi le premier devoir du citoyen. Juge, vous n’avez pas le droit, il vous faut démissionner et cesser ainsi de vous associer au mal si vous considérez que la loi que vous êtes chargé d’administrer est mauvaise et qu’en réalité je suis innocent, ou m’infliger la peine la plus sévère si vous croyez que le système et la loi que vous devez appliquer sont bons pour le peuple et que mon activité par conséquent est pernicieuse pour le bien public. »

Mahatma Gandhi
Le 2-11-2017
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