Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Vie au travail : la parole aux salariés

Le travail salarié et le sens que nous lui donnons aujourd’hui évoluent. C’est sur ce constat général que nous avons voulu nous pencher pour comprendre l’enjeu de cette mutation qui est finalement celle de toute notre société. État des lieux de la situation à travers le monde du point de vue des salariés.

« C’est un cercle vertueux, explique Michaël qui travaille depuis dix ans comme développeur logiciel chez Facset JCF, on se sent bien dans cette entreprise parce qu’il y aune bonne ambiance et cette bonne ambiance fait… qu’on s’y sent bien ! Alors, on n’attend plus la pause déjeuner ou la sonnerie du soir, on oublie l’heure ; on s’investit parce qu’on sait que tout le monde rame dans la même direction et du coup, on se parle, on est entendu, on échange, on profite de l’intelligence de chacun et l’impact sur la productivité est considérable. À un niveau visible, tout le monde sourit, on apporte des croissants chaque jour et on fête tous les anniversaires, mais c’est parce que, derrière, il y a ce ressenti individuel de justice et d’équité, ce sentiment d’être reconnu au-delà de sa seule productivité ; un état d’esprit clairement insufflé par le dirigeant ». En exprimant cela, Michaël a tout dit ou presque, surtout quand il ajoute :« Je ne serais pas resté, sinon ! ».Bien sûr, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais…


VALEURS HUMANISTES

… Inconnu en France il y a encore une poignée d’années, le palmarès« Great Places to work »distinguant les« entreprises où il fait bon travailler »est aujourd’hui devenu une carte maîtresse du recrutement et de la communication des sociétés (volontaires) sélectionnées à ce palmarès. Sa force est de reposer sur l’avis des salariés eux-mêmes et, en réunissant aujourd’hui au total l’avis de plus de dix millions de salariés dans le monde, d’être devenue la plus vaste « étude » sur la culture d’entreprise jamais réalisée. Résultat des courses ?« La clé du fondement même d’une entreprise où il fait bon travailler ne repose pas sur un ensemble normatif de primes et avantages ou de programmes et de pratiques, conclut l’organisation en charge du palmarès, mais bien sûr l’instauration de relations de haute qualité sur le lieu de travail – relations qui se caractérisent par la confiance, la fierté et la solidarité. Ces relations ne constituent pas une approche “en douceur”, mais les principaux catalyseurs qui aident à améliorer l’efficacité d’une organisation ».

Les résultats de diverses enquêtes (TNS Sofres, etc.) menées ces dernières années sur les« valeurs européennes »font coïncider en premier chef la notion de« qualité de vie au travail »avec le terme« respect » (64 % des salariés). Suivent la« reconnaissance » puis« l’épanouissement », sachant qu’un élément nouveau, et de plus en plus souvent cité, surtout par les jeunes générations, est celui de la« conciliation vie privée-vie professionnelle ».Élément clé pour l’avenir ! Nous y reviendrons quand nous aurons signalé ce que nous enseignent par ailleurs ces enquêtes : les entreprises françaises se situent malheureusement en queue de peloton européen ! Qu’il soit dit également concernant la performance, et ainsi que le signalait André-Yves Portnoff dans« La résilience des entreprises familiales » (Futuribles n° 397), que si nombre de ces entreprises familiales ont connu la croissance en dépit de la crise, c’est bien parce que, du fait de leur vision à long terme, elles incarnaient ces valeurs humanistes et possédaient un véritable« sens de la loyauté et de la responsabilité envers leurs employés ».


UN TRAVAIL ET NON DU TRAVAIL

Mais il n’est pas inutile d’inscrire la problématique dans une perspective plus large encore. Car, au-delà des« conditions de travail », c’est la perception même du travail, de son sens, de sa valeur et de ce que chacun en attend qui a évolué. Les attentes des salariés ont changé parce que le monde a changé, et nos vies en conséquence, considérablement. Ainsi que l’explique très bien le sociologue Jean Viard :« nous sommes passés d’une société du travail à une société des modes de vie. En deux siècles, la part du travail salarié dans la vie d’un homme européen est passée de 40 % à… 10 % ! Chacun a désormais plusieurs vies, parallèles comme successives, et produit, hors salariat, du capital social, des biens d’échange et de solidarité, de l’art de vivre ».Pas étonnant du coup que moins de la moitié (46 %) des Européens (et seulement 9 pays sur 27) considère aujourd’hui que« Le travail devrait toujours passer en premier, même si cela veut dire moins de temps libre » (EVS, 2008).

Le Travail, idole de la société industrielle (et de son école modélisée pour apprendre à respecter horaires d’usine et autorité du [contre] Maître), n’est plus que l’un des éléments constituant de nos existences ; élément essentiel, certes, mais juste « l’un des… ». Et la génération Y, née à partir des années 80 est la première à avoir intégré collectivement dans son inconscient cet élément clé : « 90 % de mon temps de vie n’est pas consacré au travail ».

Aussi, ainsi que poursuit Jean Viard : « La préoccupation première des jeunes salariés est que leur travail ne nuise pas à ses autres activités et que leur salaire soit suffisant pour permettre cette vie privée dominante ». D’où la conclusion tirée par Michaël :« Je ne serais pas resté, sinon ! » Dont acte, comme disent les juristes.


Jérôme Bourgine
Le 17-11-2014
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