Mai 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La crise de l’immédiateté 1/2

« Le niveau baisse », entend-on souvent, comme un refrain, de la part des enseignants sur les capacités des nouvelles générations. Derrière ce lieu commun, qu’est-ce qui est dénoncé ?

Il y a un tel culte pour la réponse immédiate, la solution facile à trouver, le slogan pourrait-on dire, qu’apprendre à cerner un problème dans sa complexité ne transparaît même plus au second plan. Analyser est un réflexe qui disparaît sous l’effet de la crise de l’immédiateté. Une fois cette grille de lecture posée, nous prenons la mesure du prisme déformant sous lequel la réalité nous est présentée chaque jour et nous constatons, avec une impuissance presque tragique, combien notre intelligence collective vacille.

Ebola se propage en Afrique à un rythme vertigineux, mais les regards sont braqués sur les quelques cas déclarés du monde occidental. L’Espagne a été l’un des théâtres de l’hystérie collective, y compris - et c’est bien le plus inquiétant- de la part de ses supposées élites. Un haut responsable de la Communauté de Madrid a pointé du doigt la « légèreté » de l’infirmière contaminée. L’illusion consiste à chercher les erreurs de processus commises dans des hôpitaux modernes, à pointer les coupables, à licencier les négligents. Dégainer le premier en somme. Cela soulage, mais ne soigne pas. Apporter une vraie réponse consiste à s’attaquer au foyer de l’épidémie sur le continent africain. Cela ne sera pas fait, car, au fond, ON ne le demande pas. Et ce fameux ON, c’est bien nous, ou pour simplifier, cette fameuse opinion publique qui se manifeste dans les médias, dans les lieux publics. Soyons plus concrets encore : le ON ce sont les opinions qui se déversent dans les conversations de comptoirs, mais dont les schémas simplistes sont repris au plus niveau. La rhétorique du ON, des sophistes à la mode, est celle de l’immédiateté. Le ON, c’est tout le monde.

Cela donne sans doute le vertige de penser à ses propres limites. ON pense être une pointure infaillible dans son travail. Dès lors, autrui est critiqué ; cela est encore le moyen le plus facile d’oublier son ignorance. Les politiques ? On ne les trouve pas proches des gens, pas compétents pour résoudre les problèmes économiques. On est écœuré de leur train de vie. ON les a pourtant élus. Il y a des catastrophes, des accidents, de graves problèmes. On cherche des responsables, et on devient un tribunal populaire. ON exige des politiques qu’ils soient parfaits. Et ils le sont, non pas dans la réalité mais dans leur discours ; la théorie facile, c’est bien celle que l’ON veut entendre. Mais, face à n’importe quel problème, la réponse immédiate a tout autant de chances de séduire que d’être fausse.


Samuel Pinello
Le 6-11-2014
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