Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Pour un droit à l'échec entrepreneurial

Dimitri Pivot, fondateur de Second Souffle
Pas d’audace ni de confiance sans droit à l’échec. Après un échec, il est parfois difficile pour un chef d’entreprise de remonter la pente. Or, si l’échec est indissociable de l’acte entrepreneurial, il est encore trop souvent en France, un sujet tabou. Afin d’aider moralement et matériellement les entrepreneurs à retrouver confiance en eux, des structures d’accompagnement, notamment associatives, se sont créées.

La peur de l’échec serait un mal français. C’est en tout cas ce qu’expliquait il y a peu, Gilles Babinet président du conseil national du numérique, au mensuel Entreprendre. Or, poursuivait-il, si vous n’acceptez pas l’échec, vous êtes incapable de prendre des risques. Pour bouleverser les mentalités, il est nécessaire ajoutait-il, de valoriser le fait de se planter et de faire en sorte que cela ne soit plus une fin en soi.

Dans notre pays, si l’on a souvent coutume de dire que l’on apprend de ses échecs quels qu’ils soient ; le niveau d’apprentissage pour un entrepreneur est éminemment variable. Il dépendrait, selon Anne Brunet-Mbappe enseignant-chercheur en entrepreneuriat, de différents paramètres : la phase de l’activité entrepreneuriale dans laquelle intervient le revers, la part de responsabilité que s’attribue l’entrepreneur, et sa gestion émotionnelle. L’échec engendre en effet toujours un sentiment de perte pour l’entrepreneur, un deuil qu’il doit affronter, surmonter. C’est notamment en s’appuyant sur sa capacité à faire face et sur sa confiance en soi retrouvée, qu’il pourra, enrichi par son échec, se relancer dans une nouvelle activité entrepreneuriale.

Dans cette optique, et pour aider à valoriser la prise de risque en permettant que les entrepreneurs ne soient plus marqués au fer rouge à la Banque de France après une faillite ; le gouvernement à l’initiative de Fleur Pellerin, à l’époque ministre des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique, a supprimé le 9 septembre dernier l’indice 040. « Une mesure symbolique forte, explique Dimitri Pivot fondateur de l’association Second Souffle.org née de son échec de chef d’entreprise, mais qui ne change pas vraiment le comportement des banques. Elles peuvent consulter le passé d’un entrepreneur sur Internet… »

Ajoutons qu’en décembre dernier, une étude de l’IPSOS réalisée à la demande du gouvernement montrait que plus des trois quarts des personnes sondées considéraient que les entrepreneurs ayant fait faillite étaient mal encadrés pour pouvoir rebondir…


Un soutien psychologique, matériel, juridique…

Pour tenter de remédier aux difficultés de ces dirigeants qui, selon une étude de la Commission européenne, mettraient en France pas moins de 8 ans, record européen, entre l’échec de leur société et leur rebond, un certain nombre d’associations se sont créées. Dimitri Pivot a fondé en juin 2010 Second Souffle, structure associative spécialisée dans l’accompagnement vers le salariat d’ex-entrepreneurs n’ayant plus les moyens, l’énergie, le souhait de re-créer. « Implantés à Paris, Lille, Lyon, Rennes, Reims et bientôt Toulouse, nous accueillons pour écouter, échanger et rassurer. Nous aidons à gérer le présent et surtout, à regarder l’avenir soit vers un emploi salarié, ou une re-création pour les porteurs d’un nouveau projet. » Pour ce faire, l’association a développé un certain nombre d’outils : une charte éthique et solidaire qui peut être signée par tous les acteurs sociaux et économiques souhaitant valoriser l’entrepreneuriat et les compétences qui l’accompagnent. De plus, pour faciliter les échanges, un forum en ligne et des soirées « After Fail » ont été mis en place. « À ces dispositifs s’ajoutent des séances de coaching, de recrutement, des ateliers thématiques… Nous avons lancé la cooptation d’entreprises partenaires, proposons des offres d’emploi et développons actuellement, une offre de service en temps partagé et intérim de management. Nous voulons apporter des réponses concrètes à des problèmes concrets. »

Reste pour Dimitri Pivot, aujourd’hui salarié, un dernier enjeu de taille : la mise en place d’une réelle assurance-chômage pour les entrepreneurs. « Pour favoriser un nouvel élan créatif, il faut que l’entrepreneuriat soit synonyme de prise de risque, tout en sauvegardant au maximum la vie privée et le patrimoine personnel de l’entrepreneur, pour permettre la capacité à rebondir. »


L’échec entrepreneurial : Un tabou à lever

Le 13 janvier dernier était signée, la Charte du Rebond rédigée par le Cabinet de Fleur Pellerin et élaborée en collaboration avec quatre associations : secondsouffle.org, SOS Entrepreneur, Re-Créer, et 60 000 Rebonds réunies dans un Groupement d’Intérêt Associatif.

Dans notre pays en effet, l’échec reste stigmatisé et nombre d’entrepreneurs se retrouvent isolés en cas de difficultés qui peuvent aller jusqu’au dépôt de bilan.

Face à ces constats et pour faire évoluer les mentalités, la Charte du Rebond prévoit :

  • - La mise en place d’une mission chargée de formuler des propositions d’actions concrètes afin d’aider le rebond entrepreneurial,

  • - L’organisation de « conférences du rebond » partout en France,

  • - La promotion d’une plate-forme destinée à orienter et aider les entrepreneurs confrontés à des difficultés : www.portaildurebond.com

    Ce portail, conçu, financé et géré à l’initiative des seules quatre associations, n’est pas un site en plus, c’est un point de contact unique, un site pratique. Il a pour but d’aider et d’assister les entrepreneurs à rebondir pendant ou après avoir connu des difficultés entrepreneuriales en les renvoyant, selon leurs besoins identifiés via un questionnaire en ligne, vers la structure associative la plus adaptée à leurs besoins et attentes.

Isabelle Chatain
Le 31-10-2014
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