Juin 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Algues : l'or vert

Il y a près de 20 ans, Hervé Balusson fondait Olmix. Fort de son expertise, il ambitionne désormais d’industrialiser la Bretagne avec une matière première naturelle, les algues. Qu’elles soient vertes, rouges ou brunes, elles sont riches de principes actifs méconnus et recèlent le potentiel pour nourrir demain 9 milliards d’humains.

C’est avec le Mistral, un produit destiné au management des élevages de porcs, bovins et volailles, à base d’algues vertes et d’argile, que le Groupe Olmix s’est notamment fait connaître dans le monde entier. Car depuis 20 ans, Hervé Balusson n’en démord pas : « Il n’y a qu’en Bretagne que l’on parle de la toxicité des algues vertes. Or, elles sont un poison lorsqu’elles échouent sur le rivage et se décomposent mais, récoltées en mer, elles ont un bel avenir industriel dans les domaines de la nutrition animale et végétale ainsi que dans les secteurs de la santé. » Commercialisées essentiellement à l’export, des préparations à base d’algues vertes sont par exemple utilisées pour lutter contre le vibrio, une bactérie redoutable qui décime les crevettes en Asie. « Elles permettent aussi, poursuit Hervé Balusson, de réduire la mortalité de 50 % dans les élevages de poulets d’Afrique de l’Ouest. Notre Groupe est d’ailleurs présent au Ghana, au Nigeria, au Mali et vient d’implanter une usine et un laboratoire d’analyses en Côte d’Ivoire. Ce dernier va travailler sur la présence des mycotoxines, qui prolifèrent dans les milieux humides et pénètrent la chaîne alimentaire après contamination des cultures. »

Un marché de plusieurs dizaines de milliards de dollars

Au-delà de l’élevage, il y a les hommes qui seront plusieurs milliards à nourrir en 2050 et pour Hervé Balusson, les programmes de recherches visant à développer des produits à base de protéines issues des algues vertes, rouges et brunes pourraient largement y contribuer. « Dans ce marché en devenir, la Bretagne dispose de formidables atouts, plus de 3 000 kilomètres de côtes, des eaux d’une qualité exceptionnelle, une matière première abondante et diverse puisque l’on recense plus de 700 espèces d’algues, près de 1 500 chercheurs qui travaillent sur ce dossier depuis des dizaines d’années. Il serait dommage que la phase d’industrialisation, avec ses emplois et ses richesses, échappe totalement à la Bretagne. » Du coup, pour passer à la vitesse supérieure, le Groupe Olmix s’est associé à quatre PME bretonnes : PRP Technologies (santé végétale), Melspring (nutrition végétale), Agrival (collecte et bioraffinerie), Amadéite (santé animale), ainsi qu’à deux centres de recherche, l’Université de Bretagne Sud et le CNRS de Mulhouse. Les 7 partenaires ont lancé le projet ULVANS, qui vise à créer une filière industrielle de valorisation des algues en Bretagne, depuis leur récolte jusqu’à leur commercialisation dans le monde entier, en passant par leur transformation en produits innovants dans les secteurs de la nutrition, de la santé animale et végétale.

Des besoins de trésorerie importants

En septembre dernier ont été inaugurés à Plouénan dans le Finistère les 12 000 m² de locaux destinés au conditionnement des algues vertes. Mais pas uniquement. « Algues rouges et brunes sont également au cœur de l’activité du site et chacune fait l’objet d’un process particulier pour isoler la molécule ou en extraire le jus selon le produit final envisagé. Une fois conditionnées, explique Hervé Balusson, les algues sont surgelées et transportées vers le site de Bréhan où Olmix les utilise comme matière première dans la composition de différents produits. »

Un fonds d’investissement Breizh Algae Invest a été lancé. L’objectif est de proposer aux Bretons d’investir dans l’achat de machines ou bateaux adaptés permettant le ramassage des algues, soit entre deux eaux, soit à 20 ou 30 mètres de profondeur. « Il y a des algues toute l’année mais elles ne sont pas toute l’année au même endroit ; idéalement, nous pourrions les collecter du Cotentin au sud de la Vendée. »

À terme, Hervé Balusson souhaite lancer le label Breizh Algae qui indiquerait aux consommateurs que les sucres et protéines des algues, donc des éléments naturels, ont été inclus dans l’alimentation des animaux (poissons, cochons, veaux, poulets…) pour remplacer les protéines animales.

Il s'agit aussi de développer de nouveaux produits pour le secteur de la santé animale en remplaçant les molécules chimiques par des molécules bio-sourcées bénéfiques notamment, pour le développement des défenses animales. Ou encore de substituer certains produits phytosanitaires et engrais, par des produits naturels issus des algues.

Un enjeu de taille dans le secteur si décrié de l’industrie agroalimentaire.

Isabelle Chatain
Le 19-09-2014
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