Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Restez affamés. Restez fous.

En 2005, lors de son discours à Stanford, Steve Jobs évoquait la mort et le sens qu’elle donne à la vie.

« [...] Ma troisième histoire parle de la mort.

Quand j’avais 17 ans, j’ai lu une citation qui disait quelque chose comme : “Si vous vivez chaque jour comme si c’était votre dernier, un jour vous aurez très certainement raison”. Ça m’a impressionné, et depuis lors, pour les 33 années passées, j’ai regardé dans le miroir chaque jour et me suis demandé : “Si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie, aurais-je envie de faire ce que je suis sur le point de faire aujourd’hui ?”. Et quand la réponse avait été “Non” pendant de trop nombreux jours, je savais que j’avais besoin de changer quelque chose.
Se souvenir que je serai bientôt mort est l’outil le plus important que j’aie jamais connu pour m’aider à faire des choix importants dans ma vie. Parce que presque tout – toutes attentes externes, tout orgueil, toutes craintes de l’embarras ou de l’échec – toutes ces choses s’éloignent face à la mort, laissant seulement ce qui est vraiment important. Se souvenir que vous allez mourir est le meilleur moyen que je connaisse pour éviter de tomber dans le piège de croire que vous avez quelque chose à perdre. Vous êtes déjà nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre votre cœur.

Il y a un an, on m’a diagnostiqué un cancer. J’ai fait un scanner à 7 h 30 du matin, et il a clairement montré une tumeur sur mon pancréas. Je ne savais même pas ce qu’était un pancréas. Les docteurs m’ont dit que c’était presque certainement un type de cancer qui était incurable, et que je ne devais pas m’attendre à vivre plus de 3 à 6 mois. Mon docteur m’a conseillé de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui est le code des médecins pour se préparer à mourir. Cela signifie d’essayer de dire à vos enfants ce que vous pensiez avoir les 10 prochaines années pour leur dire, et ce en seulement quelques mois. Cela signifie de s’assurer que tout soit réglé afin que cela soit le plus facile possible pour votre famille. Cela signifie faire vos adieux.
J’ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, j’ai eu une biopsie, où l’on m’a introduit un endoscope dans ma gorge, à travers mon estomac et mes intestins, pour mettre une aiguille dans mon pancréas et obtenir quelques cellules de la tumeur. J’étais sous sédatif, mais ma femme, qui était là, m’a dit que, lorsqu’ils ont vu les cellules au microscope, les docteurs ont commencé à pleurer, car il s’est avéré que c’était une forme très rare de cancer du pancréas qui pouvait être soigné par la chirurgie. J’ai été opéré et je vais bien maintenant.
Cela a été le moment où j’ai été le plus proche de la mort, et j’espère que ce sera le plus proche pour quelques décennies. Ayant traversé cela, je peux vous dire avec un peu plus de certitude que la mort n’était qu’un utile concept intellectuel.
Personne ne veut mourir. Même les gens qui veulent aller au paradis ne veulent pas mourir pour y arriver. Et pourtant la mort est la destination que nous partageons tous. Personne ne s’en est jamais échappé. Et c’est comme il se doit, car la mort est très probablement la meilleure invention de la vie. C’est l’agent du changement dans la vie. Elle efface l’ancien pour faire place au nouveau. Actuellement, vous êtes le nouveau, mais un jour pas très éloigné, vous allez devenir progressivement l’ancien et être balayé. Désolé d’être si dramatique, mais c’est ainsi.

Votre temps est limité, alors ne le gaspillez pas en vivant la vie de quelqu’un d’autre. Ne soyez pas piégés par le dogme – ce qui revient à vivre selon le résultat de la pensée d’autrui. Ne laissez pas le bruit de l’opinion des autres étouffer votre voix intérieure. Et le plus important, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. Ils savent déjà ce que vous voulez vraiment devenir. Tout le reste est secondaire.
Quand j’étais jeune, il y avait un magasine appelé The Whole Earth Catalogue (1) qui était l’une des bibles de ma génération. Il a été créé par un gars appelé Stewart Brand pas loin d’ici à Melo Park, et il l’a amené dans nos vies avec une touche poétique. C’était à la fin des années 1960, avant les impressions par ordinateurs, de sorte qu’il était entièrement fait avec une machine à écrire, des ciseaux et des appareils polaroid. C’était une sorte de Google sous forme de livre, 35 ans avant la création de Google : c’était idéaliste et débordant d’outils astucieux et de grandes notions.
Stewart et son équipe travaillèrent à plusieurs numéros de The Whole Earth Catalogue, et puis quand ils jugèrent le moment venu, ils sortirent un numéro final. C’était au milieu des années 1970, et j’avais votre âge. Sur la quatrième de couverture du dernier numéro, il y avait la photo d’une route de campagne tôt le matin, le genre sur laquelle vous pourriez vous retrouver à faire du stop si vous étiez aventuriers. En dessous, il y avait ces mots : “Restez affamés. Restez fous.” C’était leur message d’adieux alors qu’ils se retiraient. “Restez affamés. Restez fous. ” Et c’est ce que j’ai toujours souhaité pour moi-même. Et maintenant, alors que vous avez terminé vos études pour devenir le nouveau, c’est ce que je vous souhaite.
Restez affamés. Restez fous.
Merci beaucoup à vous tous. »


(1) Le catalogue du monde entier.


La suite jeudi prochain.

Steve Jobs
Le 23-02-2017
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz