Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La confiance contre les logiques compétitives basées sur la domination

Il aurait voulu être philosophe, il en a épousé une. Cet autodidacte, PDG du groupe Hervé, milite pour le bonheur via « l’intra-entrepreneuriat ». Michel Hervé est également l’auteur, avec Thibaud Brière, de « le pouvoir au-delà du pouvoir », chez François Bourin Editeur. Pour lui, le bonheur passe nécessairement par une agilité à tous les échelons : celle du dirigeant, de son entreprise et de son rayonnement sur le territoire.

Déficit d’innovation, augmentation des procédures et des coûts de contrôle, compétition interne énergivore et génératrice de stress, hiérarchie pesante, perte de motivation des personnels... force est de constater : l’entreprise est encore très attachée à l’esprit de la pyramide, raide et cloisonné. Pourtant, les réseaux et les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont peu à peu en train de changer la donne. Réveiller les logiques coopératives reposant sur la confiance contre les logiques compétitives basées sur la domination, est l’un des aspects de l’entreprise « intelligente » dont Michel Hervé est un des promoteurs. Cela fait 40 ans que le Groupe Hervé est rompu à la démocratie participative. Son PDG, Michel Hervé, est un précurseur. Ancien maire de Parthenay, la première ville numérique de France, c’est lui qui a introduit dès la fin des années 80 les usages d’internet dans l’hexagone. C’’est encore lui qui prône depuis longtemps un autre gouvernement des entreprises, reposant sur l’intra-entrepreneuriat, avec, à la clé, la dé-hiérarchisation du pouvoir et l’organisation en réseaux. « La capacité à respecter le lien à l’environnement, à établir du lien avec les autres, et à satisfaire le dépassement de soi, telles sont quelques-unes des caractéristiques de l’entreprise agile », soutient Michel Hervé. « Dans le mot “entreprise”, il y a cette idée de lien dont le web a facilité l’émergence. L’explosion d’internet et des réseaux sociaux fait que nous évoluons en interaction permanente ».

Pour Michel Hervé, le XXe siècle qui a mis en place le « capitalisme de la marque » dans lequel dominent la figure du communicant et le savoir-faire, a débouché sur un XXIe siècle où il n’y a plus

de centre. Tout est disséminé. « Le capitalisme de l’innovation qui caractérise notre époque suppose une adaptation permanente où ce qui compte, c’est le “savoir-être”, le dépassement de soi, le besoin de singularité. » Un savoir-être qui se décline selon de nouveaux modes d’échange en réseaux : le don contre don, le pair à pair, la gratuité. Dans cette « organisation 2.0 » de l’entreprise, la prise de risque individuelle et l’innovation sont des éléments centraux, souligne-t-il : « On peut parler d’organisation intégrative. Elle se construit non pas hiérarchiquement, mais avec des acteurs individualisés et des multicommunautés. Le pouvoir est partagé. Les employés sont autonomes. Chaque acteur tient compte des stratégies de ses pairs au niveau d’un métier, d’un territoire ou de l’entreprise entière pour construire sa propre stratégie. Chacun peut exercer plusieurs fonctions au sein de l’organisation ».

Grâce à son appartenance à de multiples communautés fonctionnelles, professionnelles, locales, l’individu apporte sa créativité au groupe. « Ainsi, coopérer, c’est travailler à la création d’une œuvre commune, poursuit Michel Hervé. L’avantage : toute personne qui a accès à la création n’a pas besoin de dominer ». Aussi bien la hiérarchie n’est-elle plus de mise. Il suffit alors de miser sur l’intelligence collective. L’esprit du collectif est une dimension importante de l’agilité. Dans l’intra-entrepreneuriat que développe le Groupe Hervé, les fins et les moyens sont co-décidés. Il s’agit de créer de véritables espaces de liberté offrant la possibilité d’élever le niveau de conscience des équipes. l’intra-entrepreneuriat repose ainsi sur des unités de vingt personnes maximum. « À cette taille, la communauté est plus solidaire et permet de supporter les échecs. Elle est plus forte et plus agile. Quand un groupe est soudé, chacun peut plus facilement utiliser l’expérience de l’autre », précise Michel Hervé.

Cette intelligence collective est facilitée par le puissant levier que constituent les outils de co-construction (wiki, mobiles, mails...), mais pour qu’une telle intelligence collective soit pleinement opérante, il faut un personnage pivot. Présent à tous les niveaux, au sein de la communauté, du territoire ou de l’organisation globale, la figure du chef d’orchestre est nécessaire pour faciliter les avancées. Sa fonction n’est pas de dominer le groupe, mais de viser le consensus, l’harmonie, la synthèse. Il est à la fois l’harmonisateur et l’animateur, l’accoucheur et le passeur d’informations. Il possède aussi une fonction de balancier qui rassure le groupe si ce dernier est en manque de confiance. Pivot de l’agilité, sa performance dépend de celle des autres. Il est un éducateur d’entrepreneur.

L’esprit de coopération dépasse le cadre de l’entreprise. Aussi est-il nécessaire d’être en phase avec l’environnement, qu’il soit territorial ou professionnel. Il s’agit de s’ajuster en permanence avec un environnement évolutif. L’une des agilités consiste à intégrer la contrainte du client dans l’intelligence collective, en co-construisant avec lui le processus d’innovation. « C’est le processus qui créé la confiance avec le client, pas seulement le résultat ou le produit », fait observer Michel Hervé. L’objectif étant d’arriver à dépasser les contraintes du milieu en s’attachant à trouver la bonne taille, à échelle humaine, qui permet de chasser en meute, au niveau du territoire ou au niveau de la filière métier. « On peut comparer le comportement agile à celui des Tibétains qui, lorsqu’ils vont en montagne, intègrent naturellement l’idée d’un environnement difficile et se donnent des règles pour y circuler au mieux, indique Michel Hervé. La menace ou l’échec, faisant partie de l’ordre des choses possibles ou probables, devient alors supportable ».

Yan de Kerorguen
Le 19-08-2014
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz